Nativité

Nativité 150 150 Danièle Moundouris

Enfant du silence des âmes,
Pouvais-tu ne pas naître
Et ne pas demeurer ?

Nous laisser oublier
Que les sources d’eau vive
Ne peuvent qu’être polluées.

Pouvais-tu ne pas vivre
Et ne pas charger,
Du poids de ton innocence,
Le cœur de nos péchés ?

Pouvais-tu sur nos têtes ne pas
Verser ton sang,
Ne pas saler nos plaies,
Des brûlures de l’amour ?

Laisser sur notre terre
Tourner la ronde des jours
Et passer les saisons…
Sans cet étrange remords
D’un monde divisé.
Sans cette étrange horreur
D’un monde inapaisé.

Car entre ciel et terre
L’accord s’est brisé.

Si tu n’étais pas né
Il faudrait t’inventer
Enfant du silence des âmes.

Ta tendresse crie vers le Zénith,
Sa roue terrible nous entoure…

Pourquoi faut-il que ton amour,
Emplisse d’un goût de larme,
L’indifférence de nos vies ?

Pourquoi faut-il que l’on envie
Cette étonnante faiblesse,
Et cette dure force,
D’un enfant nu,
D’un enfant dépouillé,
D’un enfant revêtu
De nos péchés ?

C’est parce que seul l’amour
Apaise la lutte des contraires,
C’est parce que seul l’amour
Résout l’axe de l’univers,
C’est parce que seul l’amour,
Mesure d’un exact roseau
Le poids d’une âme sur les eaux
L’exacte pesanteur du malheur.

Et seul pour lui les étoiles brûlent
Et seul pour lui le ciel flamboie
Et seul pour lui les bouches chantent
Un immense alleluïa.

Mais dans le silence
Et dans une étable
Et sur la terre froide
Et sans un vêtement

Mais dans le silence
Et dedans nos âmes
Et sur le roc froid
De nos dépouillements

Ecoute dans le noir
Cet ange furieux
Et battant des ailes
A la base des cieux

Ecoute les vents
Qui nous sont contraires
Et vient revêtir de ton humble mystère
La neige qui dort
Au bord des déroutes
La neige qui dort
Sur nos cœurs las,
Et fais-la briller
D’un immense éclat.

Enfant du silence
Et de l’apaisement,
Et de la violence
Des confrontations.

1963